Démêlés avec mon coiffeur - Princess Hewitt

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Démêlés avec mon coiffeur

Démêlés avec mon coiffeur - Princess Hewitt

Claudio, mon coiffeur, a des doigts de fée et j’en suis folle. Il est toujours de très bons conseils et sait exactement ce qui vous va et ce qui est à proscrire. En quelques coups de ciseaux, il peut transformer votre tignasse indomptable en coiffure chic et sexy.

Tenez, par exemple samedi dernier, j’étais invitée au mariage très smart de ma meilleure amie. Elle épousait Alfred, un jeune homme charmant et très convoité, qui n’avait d’yeux que pour elle. Tout le gratin local était convié. Et même si je ne fréquente pas ces gens-là, je me devais d’avoir une tenue élégante et une coiffure parfaite. Et surtout, qu’elle tienne jusqu’au bout de la nuit. Impossible de faire l’impasse sur une jolie coupe et un brushing. Le rendez-vous était pris pour 11 heures.

À peine suis-je arrivée, qu’une assistante s’est précipitée vers moi pour ôter ma veste, me confier un peignoir et m’offrir un thé. Je me sentais importante. C’est toujours comme ça dans ce genre d’endroit. On a l’impression d’être unique et on en arriverait presque à faire des caprices, juste pour le plaisir. Comme le font les stars de cinéma ou les personnalités politiques.

En attendant de passer au lavabo, j’ai consulté avec un plaisir démoniaque la pile de journaux à scandale qui traîne sur le comptoir. Vous savez, ces magazines que l’on s’interdit d’acheter parce que c’est beaucoup trop vulgaire, mais que l’on s’empresse de dévorer avec frénésie dès que l’on en a un sous la main !

Après un shampoing doux aux algues et une mousse capillaire enrichissante, Claudio a pris mes cheveux en main. Il était décidé à me faire un chignon rétro façon Audrey Hepburn. Et même si j’étais un peu sceptique, il m’a prié de lui faire confiance. J’ai abdiqué.

Quelques heures après, j’étais prête. Je me trouvais plutôt jolie. Une robe glamour, des escarpins vernis, un sac branché, un collier de perles, un maquillage travaillé et le tour était joué. J’allais rejoindre le beau monde et faire sensation. J’en avais presque oublié que ce n’était pas moi la mariée !

Quelle magnifique cérémonie ! Les parents étaient émus et fiers de leurs enfants, les jeunes époux se noyaient dans leur bonheur, le curé était à deux doigts de verser une larme, les invités se bousculaient pour embrasser la mariée, le photographe n'en perdait pas une miette. Tout était parfait. Excepté…

Une chaleur terrible qui s’était abattue juste au-dessus de nos têtes. Les organisateurs avaient eu l’idée ingénieuse de prévoir des éventails pour les dames. Heureusement, j’avais les bras et les jambes nues. Mais je transpirais à grosses gouttes, tout comme mes congénères qui n’arrêtaient pas de se plaindre et maudissaient ce soleil ravageur de briller aussi fort. Et l’après-midi ne faisait que commencer.

Nous étions en plein mois de juillet et la température était bien au-dessus de trente degrés. J’ose à peine vous parler de ma coiffure qui battait déjà l’aile. Alors que nous arrivions sur le site de l'évènement, un charmant domaine viticole arboré où un apéritif de bienvenue nous attendait, je filais en douce aux toilettes pour réajuster les épingles qui retenaient mes mèches rebelles et j’en profitais pour me repoudrer le visage. Mon maquillage ne ressemblait plus à rien et mon chignon s’était transformé en choucroute alsacienne. Merci Claudio.

Heureusement, le champagne aidant, j’ai réussi à ne pas faire une dépression. J’étais pourtant à deux doigts de me jeter dans la rivière qui coulait en contrebas et nous invitait avec insolence à venir y tremper nos pieds meurtris et gonflés. Surtout les miens. J’avais hésité à emporter des chaussures plates, au cas où ? Je ne l’avais pas fait.

La musique battait son plein, la nuit pointait enfin son nez, je respirais. Nous finissions le repas et nos tourtereaux se préparaient à découper la traditionnelle pièce montée. J’étais un peu éméchée et ça m’allait bien. Mes angoisses métaphysiques étaient loin et je chantais à en perdre haleine en me dandinant sur la piste de danse. Quand soudain, alors que je me dirigeais vers mon cavalier préféré pour entamer un rock endiablé avec mon cavalier préféré, j’ai fait un faux pas, j’ai glissé, et je me suis étalée sur le sol comme une crêpe, sous l’œil ahuri des convives qui m’entouraient. Ma tenue de fête en avait pris un coup, j’avais un mal fou à me relever et j’ai dû faire appel à une bonne âme qui m’a attrapée par le bras et m’a aidée à me remettre droite.

J’étais morte de honte. Et j’avais les genoux en feu.

Le lendemain, ayant avalé trois aspirines et me traînant lamentablement dans mon appartement, j‘avais décidé de laisser tomber le barbecue chez mes voisins en inventant une angine qui me clouait au lit. J’en ai profité pour faire un peu de rangement dans la maison et finir de préparer la livraison de courrier importante que je devais donner à un coursier l’après-midi même. Il fallait que ces lettres soient sans faute sur le bureau de mon patron lundi à l’aube.

Je suis allée jeter un œil sur Facebook, histoire de voir les nouvelles du jour. Les photos du mariage étaient déjà en ligne et je m’en réjouissais. Sauf que ma chute fatale n’était pas passée inaperçue. Cent vingt, « j’aime » en quelques heures. Moi qui voulais que l’on me remarque, j’étais gâtée.  J’ai fermé mon PC et je suis retournée me coucher.

La vie est cruelle quelquefois. Le proverbe dit « ça ira mieux demain ». Je m’y suis accrochée.