Le lac des Battures sur l’île des Sœurs - Princess Hewitt

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Le lac des Battures sur l’île des Sœurs

Le lac des Battures sur l’île des Sœurs - Princess Hewitt

J’habite l’île des Sœurs à Montréal. Ce quartier où je suis née, il y a plus de trente ans, ne cesse de me fasciner. L’architecture des habitations y est surprenante. S’y côtoient des maisons de pierre ou de brique et des tours en béton qui ont jusqu’à vingt-quatre étages. On y trouve aussi le Lac des Battures dans la boisée Saint-Paul. Ce lac est une réserve écologique, la qualité de l’eau y est très surveillée.

Un après-midi, je décidais d’aller me promener dans le bois. Je venais de terminer ma planification financière personnelle, et j’avais du temps pour faire des observations de la faune. Interdit à la promenade la nuit, cet espace arboré est l’habitat de nombreuses espèces d’oiseaux, dont le hibou des marais et le petit duc maculé. Quand je viens ici, j’emporte toujours une paire de jumelles pour observer les volatiles. Je suis amateur dans ce domaine, et je note la présence de certaines espèces migratrices.

Je me suis assise sur une souche, et regardais des canards sur le lac, quand un caillou vint frapper la surface de l’eau au beau milieu du groupe de palmipèdes qui s’envolèrent aussitôt. Je me levais et me retournais vivement. Deux gamins se sauvaient en riant. Je les appelais, alors, surpris, ils s’arrêtèrent et me regardèrent en plissant les yeux. Je leur fis signe de s’approcher. Ils avaient l’air moins fier aussi, je leur dis :

- Venez, je ne vais pas vous manger. Je voudrais juste discuter un peu avec vous.

Comme ils hésitaient, je fis quelques pas vers eux en leur adressant un sourire avenant. Ils me regardaient m’approcher et semblaient se demander s’ils ne devaient pas fuir, mais je ne sais quelle raison les fit rester.

- Bonjour les enfants. Vous aimez cet endroit ?

- Euh ! Oui, madame.

- Moi aussi. Savez-vous ce que je fais ?

- Ben, vous regardez les oiseaux.

- Oui. Quel est votre nom ?

Ils se présentèrent.

- Et bien, Jeannot, Michel, regardez !

Je sortis de ma sacoche un livre illustré sur l’ornithologie et, à genoux dans l’herbe, je le posais sur le sol et l’ouvris.

- Voyez, je m’intéresse aux oiseaux migrateurs. Vous savez ce que c’est ?

Ils répondirent spontanément :

- Des oiseaux qui vont dans les pays chauds l’hiver.

- Exactement. Voulez-vous que je vous explique pourquoi ils font cela ?

Dès cet instant, j’eus deux élèves attentifs à mes explications. Ils en arrivèrent même à me poser des questions. Je m’étais mise dans la peau d’une professeure, métier que j’aurais aimé exercer, et une demi-heure plus tard, j’en arrivais à la petite leçon de morale sur leur geste irréfléchi.

- Vous ne croyez pas que déranger les canards en leur jetant des cailloux, c’est une mauvaise action ?

- Ben c’est vrai, madame, on ne pensait pas leur faire du mal, c’était juste pour jouer.

- Alors, la prochaine que vous voyez des oiseaux sur le lac, sur le sol ou même dans les arbres, observez leur comportement, ce sera plus intéressant et vous apprendrez beaucoup sur la nature. Promis ?

- Oui madame, on a compris. On ne recommencera plus.

Ils eurent le droit de regarder aux jumelles les canards qui étaient revenus à une dizaine de mètres de nous.

Je crois que ces enfants avaient mérité mieux qu’une réprimande, et que cela a été plus efficace.